Alain Gossuin Mannequin styliste -> mars10

Venu passer quelques jours à Biarritz, Alain Gossuin, célébrissime top model d’une époque où cela voulait encore dire quelque chose, nous parle de sa reconversion. Diplômé de l’Institut Bischoffsheim de Bruxelles et de la Chambre Syndicale de la Haute Couture de Paris, il décide il y a cinq ans de créer en association avec François-Régis Laporte, sa propre marque de vêtements pour homme. Lorsque le talent, le bon goût et la passion se mélangent... le résultat est un succès !

Etc magazine : Bonjour Alain. Pour commencer, du tac au tac, quel souvenir associes tu à la côte basque ? Alain Gossuin : Facile ! Les gens ! Franchement adorables, excessivement accueillants, souriants et décontractés (bien que Biarritz avait perdu la veille... ). Presque un choc en débarquant de Paris !!!

Cela faisait bien longtemps que tu n’étais pas venu dans le coin. Quel bon vent t’amène ? A G : Quelques années, c’est vrai, mais il s’en est faillu de peu que je passe une semaine de vacances du coté de Guéthary cet été... Plus concrètement, ce qui m’amène, cette fois ci, c’est une opportunité qui ne refuse pas. Présenter mon travail au sein d’une galerie étonnante, parmi une proposition d’oeuvres hétéroclites. Peintures, sculptures, dessins, collages, mobilier, luminaires, photographies... d’époques et de styles parfois très différents, mais toutes reliées par leur modernité. Un espace détonnant et surprenant, installé en dehors du centre de Biarritz, dans l’ancien atelier de peintured’une de ces jolies maisons typiquement Basque et que je recommande d’aller visiter, en balade, comme une sorte de mini musée. Arnaud, le maître des lieux, est intarissable au sujet des artistes qu’il a choisi de présenter. C’est un passionné éclairé. Etre la seule ligne de vêtements exposée dans cet espace est un pari osé. Le travail de recherche et de positionnement singulier qui caractérise mon approche de l’habillement se trouve ici encore mieux justifié. J’aime beaucoup cette idée qui pourrait me servir de laboratoire pour d’autres villes. Ici l’approche est forcément différente, le regard modifié, la démarche est nouvelle et ça, ça vaut la peine ! J’ai donc été particulièrement ravi d’être appelé à participer à cette innovation, sorte de « concept » original et rare, à l’initiative d’un couple basque qui fait bouger les choses et sert véritablement d’ambassadeur au Pays Basque tout entier !

Comment définirais tu le style Gossuin ? A G : Non ostentatoire, contemporain, masculin, portable, qualitatif, innovant et français parce que notre collection est la seule que je connaisse à ce jour quisoit encore entièrement manufacturée en France. Le principe est simple, faire perdurer les préceptes de Colbert qui a propulsé les métiers d’art et d’exception, qui ont forgé la réputation de la France dans ces domaines : créativité, innovation et qualité. J’y ai ajouté une des devises du « Bauhaus » : la forme au service de la fonction.

Quelles sont les grandes lignes de ta dernière collection ? A G : Vous ne trouverez pas d’inspiration poétique dans mes collections mais une quête de recherche, d’amélioration, pour que ces vêtements soient pratiques, utiles et confortables. Une évolution permanente qui doit vous offrir une allure unique sans vous changer véritablement. Vous mettre en valeur sobrement par les modifications techniques. En fait chez nous, tout est différent dans le vêtement mais l’on ne doit pas se rendre compte que c’est le vêtement qui est particulier. Celui qui le porte doit être transformé sans que l’on puisse dire vraiment pourquoi il est « mieux » en le portant. Tout se joue dans la subtilité car un homme doit rester un homme. Ça c’est notre boulot de saison en saison. Lui doit juste le porter et ne pas se poser de questions.

Qu’attendez vous, vous les hommes de la mode ? A G : Tout et rien ! En fait l’homme adore le confort, le pratique et la qualité. L’homme est beaucoup plus douillet et exigeant que la femme, eh oui ! Il n’est pas prêt à souffrir pour porter des vêtements et quand il aime, il reste fidèle (au moins dans ce domaine, rires). Il portera son pull préféré jusqu’au trou, voire plus encore. Ça sera difficile pour lui de s’en séparer. Et s’il retrouve le « petit frère » de son vêtement préféré, il y a de fortes chances pour qu’il le rachète dans plusieurs tissus ou couleurs.

Qu’est-ce qui t’inspire ? A G : La vraie vie, les gens autour de moi, les autres, l’actualité... un peu tout... mais pas vraiment la mode pointue dont je trouve le système particulièrement... démodé (ça fait trop « avant-crise »). Je suis curieux, tout m’intéresse, donc c’est très facile pour moi. Je ne suis jamais à cours d’idées. Pour toi, quel est l’élément clé d’une garde robe ? A G : Un jean’s brut, pas forcément bleu indigo plus une chemise.

Et la grosse erreur vestimentaire à éviter absolument ? A G : Le trip « fashion victim », hyper pointu (essayer de ressembler à une pub ou à un édito de mode) ou pire : arborer des logos partout. Déjà avant la crise, ça n’aurait jamais dû se faire, mais alors après, c’est carrément devenu impossible.

Avant de te quitter nous aimerions juste savoir... tu reviens quand ? A G : Dès que le baromètre remonte ! Vous ne m’aviez pas promis d’aller s’encanailler aussi à San Sé. la prochaine fois ?

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