
Etc mag : Ton arrière grand père, ton grand père et ton père étaient photographes... N’as tu pas tenté de rompre cette tradition familiale ? Franck Laharrague : Oui j’ai tenté de rompre, j’ai fait des études de Biologie, interrompues brusquement par une maladie grave. A la suite de quoi j’ai du intégrer l’entreprise familiale « photo Etienne » créée par mon arrière grand-père Etienne Laharrague. Mais faire de la photo de mariage toute ma vie ne m’a jamais vraiment tenté. Ma fibre artistique a pris le dessus.
Te souviens tu de ton premier cliché ? F L : Oui, et je pense même pouvoir retrouver la photo. Cette 1ère photo était une photo de “chien volant ». J’utilisais un Rolleiflex (appareil mythique des reporters des années 50, mon père en avait une dizaine), j’avais 12 ans , couché sur le dos au pied d’une table sur laquelle mon frère cadet faisait monter notre chien de berger (un Labrit). La photo consistait à shooter en contre plongée le chien quand il sautait de la table. J’étais très fier du résultat : un chien volant vu de dessous avec le ciel comme arrière plan. Que préfères tu photographier ? F L : Ce n’est pas vraiment ce que je photographie qui m’intéresse. Le sujet est pour moi secondaire. Peu importe si c’est un caillou, un arbre, un paysage, une personne... Ce qui m’intéresse c’est ce que je vais pouvoir faire avec. Photographier un plat d’un grand chef est intéressant car je sais que dès que la photo est faite je pourrai y gouter.
Pourquoi le rond t’inspire t-il autant ? F L : Mes photos rondes je les appelle des « planisphères ». Le monde est rond, la terre est ronde, notre oeil est rond. Alors pourquoi faire des photos carrées ou rectangulaires ! Le rond est plus proche de la réalité. Cette réalité que la photographie est sensée reproduire. Mais comment s’en approcher quand on la tronque avec un rectangle ? Tout ce qui est en dehors du cadre (au sens propre) m’intéresse. Tout d’abord sachez que vous faites des photos rondes sans le savoir , comme monsieur Jourdain.Tous les appareils photos du monde font des photos rondes, même les mobiles. C’est très simple à comprendre il suffit d’observer un objectif, il n’est pas carré, il est rond ou plutôt cylindrique donc l’image générée par n’importe quel objectif est... ronde. Le négatif ou le capteur numérique est un rectangle plus petit que l’image projetée dessus. Une photo « classique » ne restitue pas toute l’image (ronde) prise par l’objectif (rond). Ceci dit les pendules sont à l’heure ! Mes photos rondes, mes « planisphères », sont plus réalistes qu’une vulgaire photo rectangulaire... Vous voyez en rond, pas en rectangle.
Comment réalises tu ces planisphères ? F L : Attention ça va être technique, mais bon puisque vous voulez tout savoir et que je n’ai rien à cacher ... Donc voila j’utilise des optiques et des compléments optiques qui réduisent la focale d’un objectif. Ainsi toute l’image ronde générée par n’importe quel objectif se projette en totalité et sans déborder sur le négatif ou le capteur.
Aujourd’hui tu créés des photosphères, de quelle manière les réalises tu ? F L : Les photosphères sont des photos qui ne sont pas planes mais sphériques ! Il s’agit de capturer une image sur 360°. Par exemple j’ai réalisé une photosphère prise du haut du Phare de Biarritz. Quand on fait ce genre d’images il faut s’imaginer être au centre d’une sphère, le but est de photographier les parois intérieures de cette sphère, les imprimer puis les assembler pour reconstituer une sphère. Celle que j’ai réalisée du haut du Phare de Biarritz est en PVC et fait 1 m de diamètre. L’assemblage de cette sphère à été faite à Seattle aux USA par une société qui est spécialisée dans la fabrication de globes terrestres.
Mais quel est donc ce projet d’installer une gigantesque lentille sur le toit des toilettes publiques en haut de la côte des basques ? F L : C’est un projet artistique offert à la ville de Biarritz, il est totalement financé par un mécène qui suit mon travail depuis plusieurs années. Il s’agit de mettre en place une « planisphère » sur chacune des faces d’une lentille bi-convexe de 2.50m de diamètre. Cette lentille sera fixée verticalement sur le toit plat des toilettes publiques situées au dessus de la Côte des Basques près du bar les « 100 marches ».
Les murs de ces toilettes, peu esthétiques, seront « végétalisés » (les services de la ville ont validés la faisabilité). Cette lentille bi-convexe s’orientera selon l’axe du vent. Ce sera donc une girouette géante, qui indiquera en image le sens du vent .
Et « Gaïasphère », peut on en parler ? F L : Bien-sur qu’on peut en parler ! Ce projet artistique est l’installation d’une vidéo- sphère de 9 m de diamètre. Le lieu d’installation pressenti sera la Cité des Sciences* à Paris dont l’inauguration est prévue pour la « nuit blanche » d’octobre 2010. Mon projet a beaucoup intéressé Joel de Rosnay que chacun connait ici au Pays-Basque comme « tonton surfeur », mais qui est beaucoup plus connu dans le monde scientifique pour ses travaux sur « l’approche systèmique » (lire « le macroscope » paru en 1975, toujours édité et enseigné dans les plus grandes universités américaines). Si ce projet prend place à la Cité des Sciences et se réalise se sera en grande partie grâce à lui. Cette sphère que j’appelle « GaÏaSphère » sera vivante. « GaÏaSphère » c’est la représentation de Gaïa la déesse de la « Terre-Mère » dans la mythologie grecque. Cette « Grande Déesse », mère de tout être vivant, qui relie les divers cultes rendus à une “mère universelle” depuis le paléolithique jusqu’à aujourd’hui. L’ensemble des êtres vivants sur Terre serait ainsi comme un vaste organisme. Cette hypothèse reprise par des chercheurs est aujourd’hui validée par de nombreux travaux scientifiques. Nous les humains, mais aussi tous les êtres vivants sommes tous reliés, nous sommes des cellules, pour ne former qu’un seul être : Gaïa ! La terre possède, on le sait aujourd’hui, un système de régulation de la température. Ce système se dérègle. L’humanité prend conscience de son impact, de son empreinte sur ce système. Il y a de nombreux autres systèmes qui régulent la vie sur Terre et qui sont en cours d’études. Plusieurs équipes de scientifiques dans le monde essaient de comprendre ses mécanismes de régulation. La GaïaSphère que j’espère pouvoir installer prochainement à la Cité des Sciences se fera en collaboration avec ses chercheurs. Ainsi nous les humains pourront voir VIVRE LA TERRE au travers de la GaïaSphère. GaïaSphère sera en quelques sortes l’électroGaïagramme de notre Terre-Mère, GAIA.
Tournes tu vraiment rond pour avoir de telles idées ? F L : Comme tous les fous je pense être tout à fait normal et équilibré !!!