Who is Woo ? -> mars11

Guy Ringrave - Woo - nous accueille dans son atelier de fabrication de pirogues hawaïennes, à Anglet. Cette pirogue 1 place existe, sous sa forme actuelle, à Hawaï depuis environ 25 ans. Auparavant, les hawaïens avaient pour habitude de ramer à 4 ou à 6. Importée de Polynésie sur l’île par un entraîneur européen, elle a subi quelques transformations afin de s’adapter à son nouveau milieu. Ce sport connait une expansion extraordinaire, aujourd’hui 10 % de la population d’Hawaï le pratique. Un phénomène qui ne manque pas de toucher de nombreux autres pays, aux Etats-Unis un club de pirogue se créé toutes les semaines et ça rame fort aussi en Europe... L’embarcation ancestrale a débarqué sur notre côte et a d’ores et déjà trouvé ses premiers adeptes.

Etc magazine : Comment est né le projet Woo ? Guy Ringrave : Il y a 7/8 ans François-Xavier Maurin, surfeur émérite et figure locale, a fait venir une pirogue et a commencé à ramer dans son coin, d’autres ont trouvé ça sympa. Puis un importateur s’est mis à les importer. Le problème est que les hawaïens ont tellement de boulot sur leur marché domestique que lorsqu’ils ont des commandes extérieures ils font fabriquer en Chine. On se retrouve donc avec des pirogues en terme de shape et de performance équivalentes à celles d’Hawaï mais pas en terme de qualité. De plus ça coûte très cher à importer et tu pouvais attendre ta pirogue 1 ans, 1 ans et demi sans être vraiment sûr de la qualité. Moi en tant que pratiquant j’en avais un peu assez d’acheter des pirogues 3500 € et qu’elles cassent régulièrement. Je me suis rendu compte qu’il n’y avait qu’un seul fabriquant en Europe, en Italie, et que le marché n’était pas dicté par la demande mais par l’offre. On est parti de là en se disant qu’on n’était pas plus con que les hawaïens et qu’on arriverait à faire aussi bien dans des grilles de prix corrects. Aujourd’hui nous vendons 30% moins cher qu’une pirogue d’importation Chinoise. Pour répondre à ta question nous sommes des passionnés qui s’y sont mis en se disant qu’on pouvait construire mieux ou en tout cas aussi bien. La première année a été difficile parce qu’en fait on est un peu plus con que les hawaïens, eux ils ont 20 ans de recul (rires). Ça a été dur de trouver les bonnes compositions de tissu mais maintenant on est prêts. Cette année on sort une qualité irréprochable.

Vous proposez deux modèles un 1 place et un 4 places... G R : Oui. L’OC1 est un modèle clairement orienté course, performance et l’OC4 est un modèle de surf qui intéresse les bases de loisirs. Là, au printemps nous sortons un modèle 2 places. Il faut préciser que vous fabriquez tout ici ! G R : On fabrique tout ici, ça c’est clair ! Non seulement on fabrique tout mais on fait nos formes de pirogue, on les dessine, on fabrique nos pièces mères, nos moules... ici à Anglet.

L’OC4 est plutôt destiné aux bases de loisirs mais l’OC1 à qui s’adresse t-il ? Faut-il être surfeur ou athlète ? G R : Pour moi il y a trois catégories de personnes qui sont intéressées par la pirogue. Chez nous la cible historique c’est le surfeur qui cherche un moyen d’aller sur l’eau quand il n’y a pas de vagues ou quand les spots l’été sont trop gavés.La seconde catégorie ce sont les kayakistes. Le kayakiste achète son kayak pour lui seul, la pirogue est un achat plus consensuel, on peut en faire avec son gosse. La pirogue est plus stable, plus accessible et va pratiquement aussi vite. C’est le plus vieux moyen de transport de l’humanité, avant le cheval, avant tout. Les catamarans qui font le Tour du Monde du Trophée Jules Verne découlent de la pirogue, c’est vraiment quelque chose qui touche les gens. La troisième catégorie est la plus large, son cœur de cible a entre 35 et 45 ans, ce sont des gens qui souhaitent s’entretenir. Ça fait travailler tous les muscles, le gainage, les abdominaux, les bras, les dorsaux, les jambes, le cardio etc. C’est vraiment hyper complet, 1 heure de pirogue vaut largement 3 heures de fitness en salle et c’est quand même plus cool.

Il existe des compétitions ici ? G R : Oui, il y en a plusieurs. Une le 15 août à Guéthary organisée par Ocean Outrigger, c’est une course en triangle où le public peut venir nombreux. Il y a aussi l’Hulinokea Challenge qui se dispute en trois manches, une en juin, une en juillet et une au mois d’août. Le parcours Socoa-Boucau ou Boucau-Socoa (en fonction du vent) fait 22 km. Il y a une autre course, la première en Europe en relais, qui part d’Hendaye et va jusqu’à Capbreton, en quatre étapes avec des équipages de deux. A côté de cela il y a un évènement festif qui est aussi une course “La Nive en fête“, organisé par Jean-Marc Saint Geours, qui se déroule le premier jour des fêtes de Bayonne. C’est extraordinaire, on a un copain ici qui a été sélectionné deux fois aux Jeux Olympiques en kayak qui dit qu’il y a plus de public ce jour là qu’aux JO en kayak, ce qui est vrai ! C’est super cool et tout le monde peut s’inscrire.

Si je veux pratiquer et acheter une pirogue, quel est le coût, le délais de fabrication ? ou vaut-il mieux louer ? pratiquer en club ? G R : Il y a deux clubs, la section pirogue de l’Aviron Bayonnais et Belharra Watermen à Socoa. Ils se sont dotés de pirogues 6 places, pour pratiquer il suffit donc de s’inscrire. En revanche, même en étant inscrit dans un club l’OC1 n’est pas fourni, les gens rament avec leur propre matériel. Chez nous le délais de fabrication est de trois semaines en sachant que depuis peu nous avons constitué un stock, si quelqu’un veut une pirogue il peut immédiatement partir avec elle.

Combien ça coûte ? G R : 2780€ TTC pour une OC1 en sachant que la pirogue d’importation fabriquée en Chine est à 3500€.

C’est facile à transporter ? G R : Ça se démonte. Les bras de liaison - les iatos - tu les mets dans le coffre, le balancier - le ama - tu le mets la tête en bas aux pieds du passager et la pirogue - 13 kg - sur le toit. On propose un petit truc original, nous mettons à disposition contre une petite participation, un espace de stockage pour les personnes qui habitent en appartement. Sinon une pirogue peut rester dehors mais plutôt à l’abri du soleil.

Tout à l’heure tu parlais d’une future 2 places, c’est votre prochain projet ? G R : La 2 places sera une pirogue sportive légère, l’équivalant de l’OC1 mais rallongée. Elle sortira fin avril. Son intérêt est qu’elle oblige à travailler. Si tu ne rames pas synchro, si tu ne plantes pas ta pagaie en même temps que la personne devant toi la pirogue ralentie. Il y a donc tout un travail d’équipe. J’ai tendance à dire que la pirogue c’est comme de la méditation. On peut prendre la rame comme un loisir et n’importe qui peut ramer ou comme un sport. J’ai pu discuter à Hawaï avec la légende de la rame Nappy Napoleon, à 75 ans il a fait soixante fois la Molokai qui est LA course. Il me disait « j’apprends encore à ramer », on est vraiment dans le problème du geste... dans un désir de perfectionnement perpétuel. On est au milieu, tout seul, il n’y a pas de bruit et on se concentre sur ses sensations, son geste, on essaie de le reproduire et c’est encore plus vrai quand on rame à deux ou à six

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